Lanzarote ne ressemble pas aux autres îles de vacances, et ce n'est pas un hasard. C'est le fruit de décisions prises il y a des décennies, à une époque où l'île était pauvre et aurait pu se vendre à n'importe qui.
Dans les années 1960 et 1970, alors que les tours de béton s'élevaient sur les littoraux de toute l'Europe du Sud, Lanzarote décida de faire l'inverse. Les constructions restèrent basses et blanches. Les panneaux publicitaires furent interdits le long des routes. Les lignes électriques furent enterrées. Les couleurs traditionnelles — boiseries vertes à l'intérieur des terres, bleues sur la côte — furent protégées par le règlement, non par la nostalgie. L'artiste César Manrique mena ce combat avec une obstination qui lui valut des ennemis, et il le gagna. En 1993, l'UNESCO déclara l'île entière Réserve de biosphère.
La protection est réelle, et elle a des dents. Le parc national de Timanfaya, créé en 1974, ne se traverse que par l'itinéraire officiel : marcher librement sur ces coulées de lave est interdit, car une empreinte laissée dans un lichen d'apparence toute neuve peut mettre des décennies à s'effacer. Au nord, autour de La Graciosa et des îlots, s'étend l'une des plus vastes réserves marines d'Europe. Des pans entiers de côte n'ont pas la moindre construction.
L'eau est le miracle discret de l'île. Avec presque aucune pluie et pas un seul cours d'eau permanent, Lanzarote a vécu des siècles de l'eau de pluie recueillie sur les toits dans des citernes souterraines, et elle boit aujourd'hui surtout la mer, par dessalement. Rien de ce qui sort d'un robinet ici n'arrive à bon marché, ni en énergie ni en argent.
Rien de tout cela ne tient tout seul. Quelques gestes du visiteur changent vraiment les choses : rester sur les sentiers et les routes balisés dans les zones protégées ; ne rapporter chez soi ni pierre de lave, ni sable, ni coquillage, si petits soient-ils — c'est une amende, et multiplié par des millions de visiteurs, c'est un paysage ; remporter son plastique avec soi, car ce qui s'envole d'une plage finit dans la réserve ; laisser de l'espace à la vie marine, et ne jamais la toucher ni la nourrir ; user de l'eau comme d'une chose chère, ce qu'elle est.
Une île aussi sèche n'a aucune marge d'erreur. Si elle ressemble encore à cela, c'est que, depuis soixante ans, assez de gens ont décidé qu'il devait en être ainsi.
